Sensualité exacerbée

Dehors, il y a du soleil et les gens sortent de leurs trous
Et du haut du troisième étage on les regarde en souriant,
Je ne sais pas quelle heure il est et à vrai dire je m'en fous,
Je n'ai pas besoin de sortir car ton lit est bien assez grand
Pour qu'on s'y promène sans cesse sans s'encombrer de nos habits ;
Si après chaque acte d'amour je m'allume une cigarettes,
En deux temps trois mouvements le cendrier sera bien rempli,
Je cracherai la fumée ailleurs si ça te fait mal à la tête.
Tu sais, ça fait plus de six mois que tu n'as pas changé les draps,
Moi je les ai changés hier mais mon lit est bien plus petit,
De toute façon les traces de nos passages ne s'effacent pas,
On pourra pas cacher les preuves de nos longues insomnies.

J'ai envie d'aller sur le toit pour aller narguer les oiseaux,
Leur dire que nous n'avons pas besoin de saison des amours,
Ils nous diront qu'ils n'ont pas besoin d'escalier pour aller haut,
On leur dira que nous non plus et qu'on peut le faire tous les jours.
Un baiser ou un rot de toi, ce n'est pas vraiment la même chose
Mais y'a autant de poésie dans ces deux choses différentes,
Si tu m'embrassais en rotant ce serait quand même l'osmose,
Franchement, regarde, à cause de toi, toutes les conneries que je chante...
Si on restait couchés ici, je t'écrirais plein de poèmes
Qui te feraient sans doute gerber mais bon c'est l'intention qui compte,
Admets que dire que j'aime tes rots c'est moins banal que dire "je t'aime",
Faut bien que je cache ma niaiserie sinon je risque d'en avoir honte.

Même quand tu as mangé de l'ail, je me tais et je prends sur moi,
De toute façon j'en mange aussi, comme ça on puera tous les deux,
Et si par hasard on attrape une gigantesque crise de foie,
On aura très très mal au ventre mais ensemble on sera heureux.
On a mélangé nos salives pour avoir une meilleure haleine,
On s'est échangé nos chewins-gums, mélangeant la fraise et la menthe
Mais quand je m'allumerai une clope, cette tentative sera vaine
Puisque je puerai le tabac, une odeur pas très alléchante.
Toutes ces choses dont on n'parle pas dans les chansonnettes d'amour,
Je ne les dis certainement pour choquer ou pour faire gerber,
Il faut bien que quelqu'un en parle sans gêne et sans aucun détour,
Elles sont le symbole d'une sensualité exacerbée.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 04 juin 2007 19:30

Changer par le bas

Changer par le bas
Ils passent à côté de moi,
La gueule bien fermée à clef ;
A chaque fois que je les vois,
L'envie de tous les étrangler
Me prend souvent et j'ai du mal
A dissimuler mon regard
Face à la conn'rie viscérale
De ces pauvres êtres blafards.
Un rictus déform' leur visage
Quand ils march'nt au milieu des tours
Ou en plein coeur des pâturages
Ou bien au centre de la cour
De récréation d'une école
En se vantant de leur bêtise,
C'est à caus' d'eux que l'on picole,
Ils deviennent notre hantise.
Ils sont partout, ils prolifèrent
Aux quatre coins de la planète
Et leur mission est de parfaire
La parano des gens honnêtes,
Qui rejoignent leurs rangs fissa
Dès qu'il s'agit de réfléchir,
Il paraît qu'les homm's sont comm' ça,
Prêts à détruire ou à fléchir.
Je pensais que l'humanité
Avait encore une onc' de chance,
On dirait que la vanité
L'a chopée et l'a mise en transe,
Un' transpiration financière,
Une soif de sécurité,
On m'a dit qu'on était tous frères,
Combien d'artistes l'ont chanté ?
Martyrisant tout ce qui bouge
Et méprisant tout ce qui pense,
Ils préfèrent le gris au rouge
Et s'excit'nt pour la présidence
En allant voter pour celui
Qui fera grimper leur salaire,
Qui leur f'ra passer un' bonn' nuit,
Bien au chaud, loin de la misère.
Les femm's se laissent tabasser
En attendant l'acte charnel,
Un mauvais moment à passer
Entre les gosses et la vaisselle.
Pour eux, la seul' raison de vivre
Est d'avoir un écran géant
Pour regarder et se rendre ivres
De cul, de blagues et d'argent.
Ceux que l'on voit bien malgré nous,
Affichés dans toutes les rues,
Disent qu'ils arrangeront tout
Et sont suivis par ces faux-cul
Qui ne se prétend'nt pas racistes
Mais tout simplement terre-à-terre,
J'en déduis qu'être réaliste
N'est que cautionner l'atmopshère
Qui se dégrade peu à peu
Par des idées ou des substances ;
Bordel, on dirait qu'être heureux
Est un acte de délinquance.
Triste constat mais impossible
De fair' semblant de ne rien voir,
On restera indivisibles,
On enjolivera le noir.
Est-ce bien la nature humaine ?
Dans ce cas, à quoi bon lutter
Dans une rue ou sur un' scène
Devant des gens à l'air buté ?
On a prostitué l'amour
En le transformant en luxure,
Il ne nous reste que l'humour
Pour panser toutes les blessures.
Mais souvent, notre rire est jaune
Comme nos doigts pleins de tabac,
Comment oublier cette faune
Qui voudrait freiner nos ébats ?
Nous essayons tant bien que mal
D'ouvrir les yeux à ces aveugles
Dont l'ironie sera fatale.
Pendant ce temps, des idiots beuglent
En nous toisant d'un oeil bovin,
Ils vantent leur grande nation,
Parlent de fromage et de vin,
Cette mixture est leur potion,
Cell' qui les fait se dév'lopper
A travers toutes les chaumières,
Ces pauvres cons veulent haper
Les particules de lumière
Qui restent encor' dans nos âmes,
Nous sommes de gentils rêveurs,
Ils sont l'eau, nous sommes les flammes
D'une minuscule lueur.
Mais nous aussi savons parler
Et nos espoirs ne sont pas vains,
Les miséreux sauront hurler,
Tenaillés par le froid, la faim.
En Afrique ou dans nos ruelles,
En Asie ou en bas d'chez toi,
Beaucoup rêv'nt à un autre ciel,
Beaucoup font un tout autre choix
Que celui de donner leurs vies
A cette machine opressante
Qui propage partout l'envie,
La compétition éprouvante,
La concurrence déloyale,
Le profit avant toute chose
Et l'argent, qu'il soit blanc ou sale,
Dans toutes les contrées, impose
Son règne et assassin' les rêves.
On nous taxera d'utopistes
Mais nous ferons un' grande grève
Et tracerons une autre piste.
Et si l'on veut fair' tair' nos cris,
Sachez qu'on saura se défendre,
Tous les anciens nous ont appris
Qu'les bourgeois avaient la peau tendre.
Les gens d'en bas sont endurcis
Et savent ce qu'est la souffrance,
Si les cieux se sont obscurcis,
C'est que tout en haut les gens pensent
Que le pouvoir est immobile
Mais nous effac'rons leurs sourires
Alors ne vous fait's pas de bile,
Pour ça, il suffit de s'ouvrir
Et de proclamer haut et fort
Que c'n'est pas la nature humaine
Que d'accepter les pleurs, la mort
Alors montons tous sur la scène
Pour leur prouver qu'on a des tripes
Et qu'on fera tout ce qu'on dit,
La révolte est un sport d'équipe,
Nous pouvons tous changer la vie !
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 04 juin 2007 19:30

Elle détestait les gros bouquets

Elle détestait les gros bouquets
Ell' souriait de tell' façon
Que le plus rustre des garçons
Etait touché par cett' tendresse.
Elle avait tant de prétendants
Mais aimait les indépendants,
Tous ceux qui lui bottaient les fesses.
Agacée par les eaux de rose,
Par ceux qui récitaient des proses
Et qui se mettaient à genoux,
Ell' n'aimait pas les bonn's manières,
Les mots trouvés dans l'dictionnaire
De ceux qui chantaient l'amour fou.
Ell' raffolait des blagu's salaces
Et des haleines dégueulasses
Des gars qui s'lavaient pas les dents,
Elle adorait les bars crasseux,
Les patrons des comptoirs poisseux
Qui lui servaient des verr's de blanc.

Refrain :
Ell' détestait les gros bouquets
De fleurs aux senteurs raffinées
Et n'hésitait pas à flanquer
Des tatanes aux plus obstinés.
Ell' détestait les billets doux
Et les bégaiements amoureux,
Non, pas le moindre rendez-vous
Pour les poètes malheureux.

Pour elle, il fallait être rustre,
Qu'on se moqu' d'elle et qu'on la frustre
Et là, ses bras étaient ouverts.
Pas d'élégance, pas de fleur bleue,
Rien que des jeux d'mots tendancieux,
C'était sa vie, son univers.
La jeune fille avait grandi
Loin des voyous et des bandits
Dans une famille recluse,
Au coeur d'un climat détestable
Où l'on devait se taire à table,
Il lui fallait trouver des ruses
Pour aller visiter le monde
Sans que ses parents ne la grondent
Pour sa soi-disant insolence.
Tous les soirs, ell' faisait le mur
Pour apprivoiser l'aventure,
Ell' goûtait à la décadence.

Refrain

Moi, je n'étais pas très costaud,
La peau bien collée à mes os
Mais je l'aimais, sans aucun doute.
J'ai fait de la musculation
Et j'ai déchiré mon veston
Pour la séduir' coûte que coûte.
J'ai écumé les bars bizarres
Et j'ai pris l'accent banlieusard,
Moi, le p'tit bourgeois que j'étais.
J'me suis déniché un' casquette
Et j'ai fumé des cigarettes
Mais à chaqu' bouffée, je toussais.
J'ai construit ma supercherie
Et j'ai crié : "Viens, ma chérie !",
Elle a examiné mes fringues.
Je crois qu'j'avais l'air assez moche
Mais elle a fouillé dans mes poches
Et ell' ma dit : "J'veux voir ton flingue !".

Refrain

Au lieu de lui montrer mon arme,
J'ai voulu fair' couler ses larmes
En lui récitant un poème.
Tout en mâchouillant mon mégot,
J'lui ai débité en argot
L'amour qui coulait dans mes veines.
Alors ell' m'a sauté au cou,
Ca l'a plus touchée qu'un six-coups,
Ell' m'a dit : "Toi, t'as tout compris !"
Et on est allé s'embrasser
Sur un mat'las tout défoncé,
J'lui ai nettoyé sa plomb'rie !

# Posté le lundi 04 juin 2007 19:26

Rêvolution (suite)

CHAPITRE DIX-NEUF : LA FAUTE A QUI ?

Elle lui ouvre la porte et lui saute dans les bras. Une sensation de bien-être l'envahit, mais il sent bien que son sourire est un peu crispé. C'est encore plus dur quand on est le seul à être gêné. Elle le regarde et lui sourit. Mais aussitôt, cet air de joie disparaît et est illico remplacé par un air plutôt inquiet.
- Y'a un truc qui va pas ? lui demande-t-elle.
- Je te mentirais si je te disais que tout va bien.
- Ouais... ça, c'est une façon détournée de me dire qu'il y a une merde quelque part et que ça nous concerne tous les deux...
- Putain, tu fais chier, tu comprends tout...
- Ouais, et tu serais pas avec moi si c'était pas le cas, je suppose. Bon alors, c'est quoi le problème ? Tu m'as... "trompée", comme on dit, c'est ça ?
- Apparemment, j'ai même pas besoin de te répondre...
Il entre et s'assied sur un fauteuil en évitant le regard d'Alice. Elle le suit et se pose sur l'un des bras du fauteuil.
- J'étais dans un bar avec Jean, on avait un peu picolé... Et y'a cette fille qui est venue me voir et qui m'a dit qu'elle aimait bien le groupe... Jean s'est énervé, il a dit qu'on devait passer la soirée ensemble et que cette fille l'emmerdait. J'ai pas été aussi... radical. En fait, j'étais flatté, c'était la première fois que je me retrouvais en face d'une inconnue qui me disait que mes chansons étaient géniales... Si tu l'avais vue, tu l'aurais trouvé jolie, toi aussi... Enfin, c'est pas le problème... C'est bizarre de te dire ça comme ça... En même temps, je suis bizarre, non ?
- Continue.
- Ok, ok... Tu comprends, je peux pas garder ça pour moi... De toute façon, tu l'as deviné alors... Heu... J'en étais où ?
- T'étais en train de me dire que tu la trouvais jolie.
- Oui, enfin, non ! J'ai dit que si tu l'avais vue, tu l'aurais trouvée jolie... Enfin bon, c'est con parce que moi aussi je l'ai trouvé jolie, je vais pas mentir... Je dis des conneries, c'est pas possible... Tu veux vraiment que je continue ?
- Tu vas pas t'arrêter maintenant, ce serait dommage.
- Hum... Ben après, on a parlé, elle était loin d'être conne, tu sais...
- "Etait" ? Tu l'as tuée ?
- Mais non, oh... T'es chiante... Elle est en école de journalisme et elle est vachement calée, et puis très sensible... Putain, je suis en train d'encenser cette fille devant toi...
- Si c'est ce que tu penses, te gêne pas.
- Ben oui, c'est ce que je pense... Alors, après, on est allé chez elle. J'étais complètement bourré et je comptais pas aller plus loin qu'une simple discussion... Tu sais que je tiens pas l'alcool... Elle m'a embrassé... Et la suite, je la connais pas. C'est le trou noir. Je me suis réveillé à poil dans son lit le lendemain en fin de matinée avec un putain de mal de crâne. Et elle m'a dit qu'on avait passé la nuit ensemble. Ensuite, je suis parti après l'avoir engueulée.
- Comme si c'était uniquement sa faute...
- Tu pourrais faire des phrases un peu plus longues ? ça m'éviterait de meubler... Dis-moi ce que t'en penses, au moins !
- Désolée d'être destabilisée, j'étais pas vraiment préparée à ça, comme tu peux t'en douter. Je me suis posée la question plusieurs fois, figure-toi... Je me suis dit : "Comment je réagirais s'il couchait avec quelqu'un d'autre ?". Avant, je m'en serais battu les couilles...
- Heu...
- Je sais, j'en ai pas, mais je crois pas que ce soit le moment pour ce genre de détail... Enfin, avant de te connaître, ça ne m'aurait pas dérangée. Moi, j'ai pas fait d'études, je suis pas "calée" comme tu dis, et je suis pas en école de journalisme. Mais je t'aime, je ressens un truc légèrement spécial pour toi, au cas où tu t'en apercevrais pas et je pense que tu peux comprendre que ça me fasse quelque chose, tout ce que tu viens de me dire... Je crois qu'il vaut mieux que tu t'en ailles, là.
Il la regarde. Maintenant, c'est elle qui évite son regard. Il se sent vraiment très con, bloqué et inutile. La meilleure option, ce serait de partir...
- Allez, casse-toi. Si tu t'en vas pas, c'est moi qui pars, dit-elle, toujours en évitant de le regarder et en gardant son calme.
- Alice, on peut...
- On peut rien du tout pour l'instant ! crie-t-elle. Barre-toi tout de suite !
Il se lève lentement, tout en la regardant. Il ne voit pas ses yeux mais il sait qu'elle pleure. C'est la première fois qu'il la voit chialer et c'est vraiment désagréable. Mais il sort, puisque la moindre des choses et de faire ce qu'elle souhaite...

# Posté le lundi 04 juin 2007 19:23

Rêvolution (suite)

CHAPITRE DIX-HUIT : A TOUT DE SUITE

- Allô ?
- Ouais, c'est David. Tu vas bien ?
- Plutôt, ouais. Je suis contente que tu m'appelles.
- Je suis désolé de pas avoir donné signe de vie plus tôt... Tu sais, j'ai eu des réunions, des interviews, tout ça...
- T'es une star révolutionnaire, mon bonhomme !
- Ouais, enfin, une "red star"... Tu vas bien, toi ?
- Tu viens de me le demander mais puisque t'as pas l'air de me croire, je te répète que oui.
- Mais si, je te crois... Enfin, je me demandais juste comment tu allais, quoi...
- Je vais finir par comprendre. Et toi, ça va ?
- Ouais ouais, un peu crevé mais ça pourrait être pire...
- Moi qui pensais que les gauchistes étaient tous des feignants... Tu me manques, tu sais.
- Toi aussi. On peut se voir si tu veux.
- Le "si tu veux" est de trop, ça coule de source.
- On a un concert ce soir, on peut se voir avant, non ?
- Pas de problème. Passe chez moi quand tu veux. Si tu voulais passer tout de suite, ça m'arrangerait, d'ailleurs.
- T'as des trucs à faire ?
- Non, mais ça m'arrangerait.
- Héhé ! ça va, j'ai compris, j'arrive.
- A tout de suite, poète de pacotille.
Il raccroche, se mate quelques secondes dans la glace et se demande comment il a fait pour que deux filles comme ça s'attachent à lui à ce point. De la chance ? En apparence, seulement. Ce n'est pas toujours agréable de dire la vérité mais il n'a jamais su mentir. On va bien voir comment se présentent les choses... Il prend sa veste et se taille.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 04 juin 2007 19:22